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11 septembre 2009 5 11 /09 /septembre /2009 06:28


“  Seule l'obstination du témoignage (peut) répondre à l’obstination du crime ” Albert Camus.


 

 

Je continue ma traversée de Philomèle et Procné en accumulant les pièces autour de la voix ensevelie de Philomèle.


«  Moi-même, rejetant toute pudeur, je dévoilerai ta conduite ; si j’en ai les moyens, j’irai devant le peuple ; si tu me retiens prisonnière dans ces forêts, je remplirai ces forêts de mes plaintes  et j’attendrirai les rochers confidents de mon malheur. Ma voix sera entendue du ciel et des dieux, s’il en est qui l’habitent. » 

 

«  Même après ce nouvel attentat, dit-on (mais j’ose à peine le croire), Térée assouvit ces désirs à plusieurs reprises sur le corps qu’il avait  torturé. »

 

« ; sa bouche muette ne peut révéler le forfait. Mais l’ingéniosité de la douleur est infinie et le malheur fait naître l’adresse. Par ruse habile, ayant suspendu la chaîne d’une toile à un métier barbare, elle tisse à travers ses fils blancs des lettres de pourpre qui dénoncent le crime ; l’ouvrage achevé, elle le confie à une femme et lui demande par gestes de le porter à sa maîtresse... »

Ovide Les Métamorphoses Livre VI Procné et Philomèle Traduction de Georges Lafaye

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Neuf broderies de 13x18cm environ sur drap mêlant  broderie,  dentelle ou  gaze.


 En grec « écrire et dessiner sont désignés par un même verbe, graphein. »


«  Le sang dont Philomèle marque la toile qu’elle adresse à sa sœur n’est pas celui des premières règles, mais celui de la défloration, subie dans un paroxysme de violence. Dans les deux cas, cependant, malgré l’écart culturel, l’écriture textile est en rapport manifeste avec un événement qui touche le corps féminin de façon décisive.

Écrit ou figuratif, le message graphique est un langage silencieux qui s’oppose à la voix… »

Françoise Frontisi-Ducroux Ouvrages des Dames Ariane, Hélène, Pénélope


"Mais le trait le plus remarquable de cette histoire est la façon par laquelle Philomèle réussit à compenser son handicap. Privée de sa voix, féminine certes, mais avant tout humaine, car le mythe, y compris chez Ovide, pose une équivalence explicite entre le viol et la déshumanisation, Philomèle recourt, pour dénoncer son bourreau, à « la voix de la navette ». Ce serait là, selon Aristote, une invention de Sophocle, mais le texte ne dit pas clairement si le poète a le mérite du subterfuge ou seulement de la belle formule tès kerkidos phoné. Quoi qu’il en soit, le procédé par lequel la muette se redonne une voix s’inscrit dans le champ de représentations du tissage, spécifique au monde féminin. Le travail de la laine, dans toutes ses étapes, constitue sans doute une activité essentielle de la femme dans le monde grec, mais il  sert surtout, au niveau symbolique, à définir son rôle domestique et social, parallèlement à sa fonction de reproductrice. Le tissage sert de métaphore au mariage et à l’union sexuelle, que désigne le terme sumplegma, «entrelacement». Il est décrit comme le croisement de deux fils de genre différent, la chaîne, dont le nom, stemon, est masculin, épais et solide, et la kroké, mot féminin, la trame, fine et souple."

Françoise FRONTISI-DUCROUX, « Ovide pornographe ? Comment lire les récits de viols. », Clio, numéro 19-2004, Femmes et images


 

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