LA LIGNE DE FLOTTAISON huile sur toile 97x195cm 2009
La flottaison, une ligne, une infime surface : là où ça tient un peu. L'inertie comme solution pour (se) main-tenir à flot.
Le fait d'utiliser plusieurs figures permet de jouer sur cet incertain -qui porte-qui soutient-qui est porté- qui est soutenu-.J'aime travailler sur cette indécision : toujours ce jeu de liens inextricables et indiscernables.
Miniature ou échelle un, c'est jouer avec le regard, jouer avec le déplacement. Le grand impose, le réduit s'impose.
La miniature impose l'approche, l'attention. Au dessus de l'échelle un, la taille impose le retrait pour englober l'image, l'avancée pour capter le peindre, les strates de matière et couleur. Le spectateur est mené dans un jeu de déplacement, « une chorégraphie ». Mais lui seul décide d'entrer ou de refuser cette danse du regard.
« Un masque est un visage qui cachemontre, un masque moque. Un masque en dit longs, c'est-à-dire, trop long, pas assez long et rien du tout. Un tas d'êtres en entrelacement se tapit dans le masque. » Hélène Cixous Ciguë
« ...ces existences portées jusqu'à l'extrême public, ces patientes appropriations d'un coin de rue, d'un trottoir, et ces vies dissolues dans le mouvement et le passage. » Philippe Vasset Un livre blanc
RELÉGUÉE
huile sur toile
195x130cm
2009
RELÉGUÉE : fragment de réel qui fait irruption.
Utiliser la combinaison, le tissage de cette rencontre visuelle dans une galerie marchande, la lecture de Un livre blanc de Philippe Vasset, l'implication sur ce terrain de l'installation de Barthélémy Toguo Climbing down et la lecture de Triste Pontiques d'Ovide (traduction de Marie Darrieussecq).
Toujours travailler sur ces frottements, avec ces frictions.
« ...va tout simple
sans ornements savants
comme il sied aux exilés
un habit de tous les jours
les déshérités ne portent pas de pourpre... » Ovide
L'espace de la toile reprend ces espaces blancs, ces espaces de relégation.
« ..les blancs de la carte masquaient, c'était clair, non pas l'étrange, mais le honteux, l'inacceptable, l'à peine croyable..» Philippe Vasset
Le corps est laissé sans ombre portée, comme sans matérialité. Le siège lui aussi disparaît, ne reste qu'à l'état de trace, d'ébauche. Corps et sac sont dans une lévitation de non appropriation, de non reconnaissance. Le corps est là mais sa présence n'est pas prise en compte dans l'espace social, il est en marge.
« Le dénuement d'ordinaire relégué à la périphérie ou aux profondeurs de la ville affleurait à la surface et s'affichait en pleine lumière. » Philippe Vasset
« La tête, le visage, c'est ainsi dans un être ce que d'abord on voit, ce qui transparaît de chacun sur sa face, ce qui l'identifie et le fait reconnaître dès lors qu'il est présent au regard d'autrui. » Jean-Pierre Vernant L'individu, la mort, l'amour
« Le visage se refuse à la possession, à mes pouvoirs. Dans son épiphanie, dans l'expression, le sensible encore saisissable se mue en résistance totale à la prise. » Emmanuel Lévinas Totalité et infini
Cette peinture qui ne fait que montrer, pointer, se nourrit ici du « frottement », de l'approche de Lévinas en relation avec Vernant.
KÁRA 1 Huile sur toile 54x65cm 2009
KÁRA 2 Huile sur toile 54x65cm 2009
KÁRA 3 Huile sur toile 54x65cm 2009
Après le corps dans la filiation [LIÉ], je retrouve le corps inscrit, marqué par l'Histoire, porteur d'Histoire. Ce travail reprend les notions grecques de kára , « la tête avec valeur métonymique...une façon de dire l'homme lui-même, comme individu. » énoncées par Vernant et déjà approchées dans Trophées qui travaillait l'altération par le grotesque, ici le visage est nié par la disparition..
Montrer à travers la trivialité voire l'obscénité du sac poubelle, ces sacs-là associés à Abou Ghraib, montrer donc « l'outrage qui s'attaque à l'intégrité du corps humain »(Vernant) en s'attaquant en premier lieu au visage car porteur de cette « valeur métonymique » de l'humain, de l'individu.
« Tuer n'est pas dominer mais anéantir, renoncer absolument à la compréhension. Le meurtre exerce un pouvoir sur ce qui échappe au pouvoir...L'altérité qui s'exprime dans le visage fournit l'unique matière à la négation totale » Emmanuel Lévinas Totalité et infini
« Dans la mort, les humains sont appelés des « têtes », mais encapuchonnées de nuit, enveloppées de ténèbres, sans visage. » Jean-Pierre Vernant L'individu, la mort, l'amour
Cherchant des masques dans des magasins de farces et attrapes, ne trouvant que des masques d'animaux, je me suis penchée sur la question animale.
Ces jeux de masques en parallèle avec le corps ont fait émerger l'image du Gille de Watteau. Alors dans la continuité du travail et ce chevauchement, croisement texte-image, il fallait dire l'ahurissement, l'hébétude du corps donné, livré comme celle du regard animal.
« ...dans l'ouverture humide de l'œil qui voit, qui voit ce qu'il ne peut saisir et qui, saisissant qu'il ne saisit pas, regarde, regarde sans fin. » Jean- Christophe Bailly Le Versant Animal
Travailler ce croisement humanité-animalité c'est essayer de travailler dans cette « nappe phréatiquedu sensible » commune aux deux.
L'achat de masques m'a donc menée de façon très prosaïque et accidentelle vers la question de l'animalité. Et dans cette peinture qui revendique le grotesque et l'absurdité, cet accident-là était une vraie aubaine.
« Nous sommes travaillés par les événements » Laurent Mauvignier
« …kára, la tête, avec valeur métonymique : la partie pour le tout. Même dans ce cas la tête n’est pas équivalente au corps ; elle est façon de dire l’homme lui-même, comme individu. Dans la mort, les humains sont appelés des « têtes », mais encapuchonnées de nuit, enveloppées de ténèbres, sans visage. » Jean-Pierre Vernant L’individu, la mort, l’amour
Ici travaillant avec le visage seul, je veux utiliser cette notion pour prendre des bribes de réel et en rendre compte. Mais cette violence du réel, je veux la prendre avec distance, la travailler avec décalage. C’est pourquoi j’utilise cet objet insolite, le nez rouge.
La notion de trophée se rapporte à l’ignominie des photos et vidéos des avilissements, tortures faites aux êtres. Dans ces atteintes aux personnes, l’atteinte au visage est la première puis arrive la déshumanisation, la négation de l’humanité et le rapprochement de l’individu avec l’animal.
Voilà, ces Trophées sont d’infimes traces de ces événements et comportements, mais traces tout de même.
Glisser Huile sur toile 100x100cm Dernière toile de 2008 La taille, la forme des toiles disent l'humain. Souvent la toile est posée à même le sol. Tout doit être d'une envergure moyenne, à portée de main, puisque posant, je peins.
Pour Glisserl'évidence du Marat de David s'est imposée. Juste travailler le même bras droit pendant.
Le nez rouge a glissé dans la bouche, mascarade. Ne pas se prendre au sérieux même pour dire ce glissement,cette chute du corps, utiliser le grotesque, l'autodérision pour enlever du pathos.