Apotropaïque vient du grec apotropein (détourner) et s'applique à ce qui conjure le mauvais sort.
En ces jours de pandémie et de déconfinement prochain, ce petit objet commun devient plus qu'un objet apotropaïque, un objet qui nous préserve, nous sauve.
Décliner sur ces petites toiles, ces savons sculptés par l'usage deviennent de purs moments de peinture. Le dessin étant réduit à sa plus simple expression, la peinture atteint son essence ; conjugaison de couleurs, de glacis.
Craquelés ou surface pure, les savons demandent beaucoup malgré leur apparente simplicité.
Confinement, travailler pour cette nouvelle édition d’Éphéméride.
Chercher dans son stock de papier…il reste quelques feuilles de papier Arches, ouf!
Juste la quantité nécessaire avec une petite marge pour l’erreur.
Je décide de travailler quelque chose qui soit à la fois ténu, une technique de peu de qualité et à la fois délicat et travaillé avec finesse. Les stylos bic sont accessibles à la vente, je me lance dans cette nouvelle technique.
S’y pencher en cette période de confinement du début avril 2020.
Petite discussion avec ma fille, Edmée, ma co-confinée.
Edmée me parle d’une chanson « Les Mots Bleus » interprétée par Johan Papaconstatino qui s’avère être une reprise de Christophe (où l’on découvre que de très nombreuses reprises ont été faites) qui ne fait pas partie de mon horizon.
Mais pourquoi pas… « ces mots bleus qu’on dit avec les yeux, qui rendent les gens heureux » ; c’est parti.
Ce texte en tête, le travail est engagé et se déploie.
Récupérer, glaner les matériaux, le bleu dans mon stock, jouer et associer.
L’écriture mais j’utilise le noir, alors trouver une vieille cartouche bleue pour mon stylo, acheter des stylos Bic bleus (ils ont accessibles dans les achats de première nécessité!), de vieilles feuilles de carbone, une machine à écrire dans laquelle les doigts se coincent.
Du fil pour broder glané dans un grenier qu’une femme inconnue avait précautionneusement collecté par couleur et emballé avec du papier de couleur similaire. Utiliser du vieux, du très vieux.
Et enfin, expérimenter le dessin au stylo, dompter ce petit instrument banal!
Variation sur
LES MOTS BLEUS
1974
Paroles Jean-Michel Jarre
Musique Christophe
LES MOTS BLEUS
2020
Dix feuilles (10x15 cm) associées en leporello présenté dans un coffret en carton
Représentation d’un morceau de savon sculpté par le frottement des mains, de différentes mains qui par leurs pressions ont modelé, marqué, meurtri sa surface.
Quand un morceau de savon usé, scarifié devient un rectangle de peinture abstraite : l’attrait de rendre les strates, les épaisseurs, les crevasses et surtout la translucidité de la matière.
Alors la peinture doit jouer soit avec les glacis soit avec l’épaisseur de la matière…sans parler des couleurs si nombreuses pour rendre ce qui semble être unicolore, monochrome.
« Quelle vanité que la peinture qui attire l’admiration par la ressemblance des choses dont on admire point les originaux! » Blaise Pascal
Le désir déjà lointain et toujours présent de me confronter à la représentation d’objets, d’objets sans qualité, in-fâmes. Et surtout essayer de résoudre la question poser par ces objets : les différents matériaux, les transparences, les opacités,les plis etc….
Les toiles précédentes (ACCROCHÉE) ont réactualisé ce désir de représentation.
Mon propos est de dépasser la simple nature morte; il m’a fallu structurer ces objets en accrochage, les installer, former une sorte de lien, encore comme dans mes accumulations de corps.
La problématique est similaire que la représentation se pose sur les corps ou les objets : lien et émergence/disparition.
Et puis cette pensée (si drôle et vraie) de Pascal en tête, travailler dans la difficulté, le doute mais surtout le plaisir.
« […] l’enfermement horrifié dans ce moment suspendu. » Luc Lang Tentation
L’oeil ou plutôt le regard enfermé dans/par la sidération de ce qu’il voit ou que le corps ressent mais dont nous, spectateurs, sommes absents comme épargnés. Nous ne possédons que le regard comme constat, témoignage de ce qui nous échappe. Cette sidération nous échappe.
De la pure horreur de ce regard nous sommes exclus (protégés?)
Devant la pure horreur de ce regard nous sommes impuissants.
Le regard est enfermé dans un instant et l’image circonscrite par le cadre de la diapositive.
La diapositive : deux façons de la regarder, la projeter afin que l’image devienne tableau, scène incommensurable ou le plus souvent, petite chose insignifiante, un petit mouvement entre pouce et index porte la diapositive à l’oeil afin de discerner l’image.
Ici, le cache révèle le regard en focalisant ce détail et à la fois le jugule, le main-tient et le prend en main à la fois.
Regarder ce travail oblige à être oeil contre oeil : com-prendre