L’espace du tableau est une brèche, à la fois temporelle et spatiale.
J’envisage mon support comme un templum, un espace délimité, le lieu d’observation qu’utilisaient les augures pour interpréter les présages; un arrêt, un espace et un temps d’arrêt et de réflexion.
Cet espace, je le conçois faisant partie d’un tout simplement suggéré. Les formes coupées (jambes, feuillage) indiquent ce hors champ; la scène se poursuit au-delà du tableau, elle déborde.
Le temps est présent, se manifeste par la technique de la peinture l’huile qui impose sa temporalité et ainsi que par la représentation d’un corps vieilli qui est dépôt, marquage du passage.
Les corps enchâssés en référence sont imbriqués dans une profondeur qui les englobe. Une profondeur faite de superpositions de feuilles, d’aplats translucides qui voilent les corps.
Toute une végétation à la fois abris et envahissement.
Des liens, une complexité entre les figures, un jeu entre les figures et le végétal; un dialogue entre l’humain et le végétal.
Le tondo, une nouvelle forme de support à expérimenter.
Pour moi, le disque enferme, il n’y a pas d’échappatoire, ça tourne, ça gire sans fin sur un retour sur la figure.
À partir de la posture duDÉSESPÉRÉ de Gustave Courbet, toujours face au miroir, j’ai peint ce buste avec application.
Après cette retranscription fidèle du reflet, il y a une force, une joie débordante de se lancer, de se lâcher dans un geste non maîtrisé de recouvrement.
Jusqu’où aller, comment?
Des aplats translucides au spalter jusqu’à l’utilisation de chiffons et pinceaux secs , le propos est de cacher et laisser voir, de laisser « apparaître cette disparition », ce souffle, cette buée, cette réalité passagère.
Le lierre est venu conclure ces superpositions et travailler la profondeur.
En référence à la chevelure en paquet de CLOTHO de Camille Claudel, j’ai utilisé cette plante qui s’enroule comme une masse envahissante et cachant.
Toute recherche se fait avec le « musée imaginaire » en tête et convoque des les représentations de l’histoire de l’art.
Ici, cette image d’un gisant, corps allongé au milieu de feuillage appelle la représentation d’Ophélie de John Everett Millais.
Les feuilles structurent l’espace, créent une profondeur sous laquelle apparaît le gisant , « Pâle dans son lit vert où la lumière pleut » (Rimbaud).
Depuis peu, je travaille à l’effacement de la figure ; après un travail abouti du corps, j’ajoute un glacis qui voile la représentation puis j’ajoute des feuilles, des taches, tout un vocabulaire qui semble à la fois protéger le corps abandonné et le diluer sous un couvert de végétation.
Un corps disparaît à la fois sous une pluie de feuillage, un aplat, des taches.
Une illustration de l’humain (>humus mais ces feuilles-là ne se décomposent pas encore) situé dans un espace qui l’intègre, le couvre … à sa juste place, non plus unique mais dans un tout.
Dans cette huile sur panneau, la figure humaine est en plein questionnement, saisie dans une réflexion légèrement ironique entre un ciel en trouée de fenêtre, un ciel en reflet près du visage : où en sommes-nous ?
Cette huile invite à ce questionnement ontologique du positionnement de l’humain.
Une contemplation, des trouées d'être dans le fouillis du végétal. L'illustration d'une humanité en questionnement au sein de la nature.
Mon travail cherche à déborder l'unique questionnement sur l'humain pour recontextualiser celui-ci dans le grand tout qui nous enserre.
L'accumulation du feuillage accentue la profondeur qui accède à la trouée des ciels. Le personnage est à la fois perdu et au creux protecteur de la nature.
La trouée est récurrente dans le portrait de la Renaissance italienne, comme un déploiement d'une nature qui surpasse de loin l'humanité.
Une miniature pour dire l’inquiétude face à la crise écologique.
Un travail méticuleux à petits coups de pinceau délicatement déposés sur le cuivre, le cuivre en réserve pour révéler les feuillages.
Un personnage perdu dans son intériorité et perdu dans le feuillage. Un personnage impuissant au milieu d’une nature factice de plantes d’agrément.
MÉLANCOLIES 1 ET 2
Huile sur cuivre
10x15 cm
2023
Des miniatures en références aux mélancolies telles celles St Jean-Baptiste au Désert de Gérard de St-Jean (Geertgen tot Sint Jans) XV°, Dürer, Edvard Munch, Ron Mueck
Un topos de la peinture qui exprime cette in-quiétude, une inquiétude ontologique.
Une main ouverte, offerte et un simple geste de tenir une fleur comme des pétales de peau.
Peindre sur un panneau brut, faire émerger la peinture de cette matière-là : le plaisir du contraste du support brut et de la délicatesse du geste et de la technique.
Comme une référence à toutes ces mains si nombreuses dans la peinture, ces mains passages, liens qui font circuler le regard, qui nous prennent par la main et nous conduisent dans la peinture.